Le vendredi matin 20 juin 2008

Introduction par Mr Pierre Méhaignerie, maire de Vitré, ancien ministre.

Vitré, cité d'histoire, fête ses mille ans en 2008-2009, et le congrès de l'Association Bretonne en est le prélude ; cité dynamique, elle affiche un taux de chômage de 3,7%, grâce aux nombreuses entreprises à la pointe du progrès technique qui se sont développées sur son territoire. 30% des habitants ont moins de 20 ans, 42% des salariés travaillent dans les entreprises industrielles de l'agglomération. Vitré a accompagné efficacement le passage de l'agriculture traditionnelle à l'industrie moderne. Les terrains et bâtiments adéquats ont été utilisés ou reconvertis, en visant une forte diversité industrielle ; Vitré n'a pas échappé aux périodes difficiles (perte des emplois dans la téléphonie avec la fermeture de l'usine Mitsubishi, transfert vers la Chine de Coudémaille, de Nounours...)
Pierre Méhaignerie a fait un bref rappel des bouleversements économiques modernes, avec son contexte mondial (ascension de la Chine, attentat du 11 septembre 2001...) qui imposent une constante volonté d'aller de l'avant.
Cf. La Communauté d'Agglomération Vitré Communauté

Vitré du XIe au XVIe siècle, épanouissement d'une ville - professeur Daniel Pichot

Daniel Pichot nous présente le développement de Vitré durant la période médiévale, en prélude à son livre qui sortira l'an prochain sur l'histoire de Vitré.
Il apparaît aujourd'hui nécessaire de réviser un certain nombre de points, grâce l'exploitation des riches fonds d'archives anciennes (prieuré de Sainte-Croix ou Notre-Dame, archives municipales, cartulaire de la famille Laval-Vitré...)
Si le nom de Vitré montre une origine gallo-romaine, confirmée par des sarcophages anciens, la ville médiévale nait auprès d'un château ou motte féodale, donné vers 1050 aux religieux pour devenir le prieuré de Sainte-Croix (qui accueillera jusqu' à 12 moines de Marmoutier). Le château est donc déplacé et reconstruit, l'église Notre-Dame est fondée en 1158, et aux XIIe-XIIIe siècles on note la présence de deux églises rapprochées, Notre-Dame et Saint-Pierre, formant sans doute un groupe ecclésial. Diverses chapelles apparaissent, dédiées à saint Blaise, saint Julien...
La famille des Goranton-Hervé semble prééminente, mais une autre lignée apparaît avec Rivallon le Vicaire, vidame de l'évêque de Rennes. Son petit-fils Robert est garde du château en 1047, et en devient le seigneur et possesseur. Ceci enclenche le processus de création d'une ville, où existent à la fin du XIe siècle un bourg Notre-Dame, un bourg Sainte-Croix et un bourg Saint-Martin. La collégiale Notre-Dame est transformée en prieuré de l'abbaye Saint-Melaine de Rennes. Les seigneurs de Vitré deviennent des barons importants de Bretagne, jusqu'au mariage au XIIIe siècle de l'héritière Philippa avec Guy de Laval. L'ascension de la famille se poursuit avec la parenté Montmorency, proche de la famille royale.

Au XIIe siècle la ville est close d'une enceinte (dont Sainte-Croix et Saint-Martin sont des faubourgs), et comporte déjà une importante bourgeoisie. On construit des halles, un hôpital... Le développement du pouvoir économique affermit la famille Vitré-Laval, dont Guy X épouse Béatrice, fille du duc de Bretagne Arthur II. La famille joue habilement des oppositions entre France et Bretagne, gérant au mieux son patrimoine, et donc souvent du côté du roi. En 1429, Laval devient un comté.
Au XVe siècle, les fortifications et l'enceinte sont renforcées. Guy XVII est très proche du roi. Des administrateurs gèrent les comptes de la ville sous la tutelle des seigneurs. Et en 1550 naît la première municipalité officielle.
Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Vitré

Vitré et le protestantisme - Jean-Yves Carluer

L'étude du protestantisme à Vitré doit se faire par une analyse socio-économique dans un contexte d'enjeux dynastiques et politiques. A l'époque où le protestantisme couve en Bretagne, Renée de Rieux hérite de Guy XVI de Laval sous le nom de Guyonne de Laval ; elle épouse Louis de Sainte-Maure en janvier 1545, mais le couple va bientôt exploser, et elle se voit excommuniée. Elle devient calviniste, et dans la lutte entre les deux religions, elle est enfermée par son mari à Joigny ; elle est libérée en 1566, mais le comté lui est confisqué. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guyonne_XVIII_de_Laval
Guy XIX et Guy XX de Laval seront les derniers représentants du nom dans la famille. Le protestantisme se répand en Bretagne sur les terres des familles Rohan et Laval, qui possèdent la moitié de la Bretagne. Vitré, citadelle protégée, devient le refuge des protestants de l'ouest pendant les guerres de la Ligue (1586 - 1598). En 1589 le siège de Vitré par les Ligueurs échoue, et est suivi d'un règlement de comptes au bénéfice des Protestants : Sainte-Croix et Saint-Martin sont rasés. Les succès de Henri IV et l'édit de Nantes vont modifier le contexte ; finalement, Guy XX redevient catholique comme Henri IV.
Les propriétés passent à la famille Trémoille. Mais les femmes restent fidèles au protestantisme tandis que les hommes abjurent. Marie de la Tour d'Auvergne noue des liens avec la famille de Hesse, et le contexte familial devient international (Angleterre, Allemagne...), tissant des liens avec les familles royales.

Le commerce des toiles à Vitré - Manuel-Olivier Labro

Le premier compte connu sur le commerce des toiles à Vitré date de 1336. Il y a pourtant peu d'industrie du drap à Vitré avant le XVe siècle. On voit des échanges de canevas (rouleaux de toiles) de Vitré, des relations par mariage avec la Flandre au plus tard en 1486. Les revenus assurent des taxes dites droit de "clouaison", qui permettent la réparation des enceintes de la ville. Le commerce avec l'Espagne est attesté vers le XVIe siècle. On s'aperçoit que parmi les commerçants importants il y a de nombreux liens familiaux avec la ville de Rennes (jusqu'à 40 familles).

Vendredi 20 juin après-midi : visites à Vitré

Samedi 21 juin

La langue bretonne au cours des siècles en haute Bretagne - Jean-Yves le Moing

Le dénombrement des noms de lieux-dits et villages d'origine bretonne en haute Bretagne conduit à produire des pourcentages de noms de lieux bretons pour chaque commune, avec une décroissance régulière depuis la basse Bretagne jusqu'aux abords de Rennes et Nantes. Ces chiffres permettent d'obtenir une formule de calcul de la disparition du breton en haute Bretagne, donnée par D = 1000+100 x P, P étant le pourcentage de noms de lieux-dits dans chaque commune. Une marge d'erreur de 5% est appliquée aux pourcentages, et une marge de + ou - 50 ans dans les dates obtenues. Le point de départ de l'an 1000 correspond à la période de calme après les invasions normandes, mais avant l'invasion de la Grande-Bretagne par Guillaume Le Conquérant avec une importante part de son armée constituée par des Bretons, sans doute surtout du nord de la haute Bretagne.
Ces dates de recul sont rarement contredites par les témoignages existants, sauf certains qui paraissent aujourd'hui aberrants.
Une conclusion importante est le recul rapide en Bretagne nord, où Plélo perd le breton vers 1150, avec une limite entre haute et basse Bretagne qui va rester quasi inchangée jusqu'à l'époque moderne. Au centre et au sud, le recul va être plus progressif, avec des poses vers 1200-1300, puis vers 1500-1600.
L'application de la formule à la basse Bretagne, avec un maximum de 100% de toponymes bretons aboutit à 2000, avec une marge de 50 ans. Actuellement, encore 200.000 bretonnants ne représentent plus que 15 à 16% de la population de basse Bretagne, ou encore 5 à 6% de la population des cinq départements. 64% de ces bretonnants ont plus de 60 ans, 32 % ont entre 60 et 40 ans, et seulement 4% moins de 40 ans. Dans 50 ans, il ne restera que 8000 bretonnants d'aujourd'hui, plus le renouvellement à venir : mais les écoles Diwan et Dihun bilingues scolarisant environ 8000 élèves produisent au mieux 1000 bretonnants annuellement, voire encore moins de vrais bretonnants. Dans 50 ans, il se peut que l'on se trouve avec 20.000 bretonnants dans une hypothèse pessimiste ou 100.000 dans une hypothèse très optimiste : le breton est aujourd'hui une langue minoritaire en grave danger de disparition, car sa transmission n'est plus assurée dans les familles.

Madame de Sévigné et la Bretagne - Abbé Bernard Heudré

Lorsque Marie de Rabutin-Chantal, née en 1626 à Paris, épouse à 18 ans Henri de Sévigné, elle va faire connaissance avec la Bretagne, et remarque "la force qui attire naturellement les Bretons à ce pays". Son mari, volage, va périr en duel en 1651. Veuve à 25 ans, elle a pourtant eu deux enfants, Françoise-Marguerite née en 1646 et Charles né en 1648. En 1669, sa fille épouse le comte de Grignan, qui va prendre un poste de lieutenant-général en Provence. C'est alors que débute la correspondance avec sa fille, montrant un talent d'épistolaire parfaitement épanouie. La gestion des terres des Rochers près de Vitré vont l'amener à y venir souvent, même si un régisseur s'en occupe. Elle occupe parfois aussi la tour de Sévigné à Vitré, avec le grand logis attenant (près de la gare, l'ensemble a aujourd'hui disparu). Elle assiste à la tenue des Etats de Bretagne à Vitré en 1671, et prend part aux festivités associées. Pourtant, ses descriptions de la Bretagne et même du pays de Vitré à sa fille sont brèves, car elle ne veut pas l'importuner, pensant que cela l'intéresse peu. Si bien que ses lignes sur la révolte des Bonnets Rouges en 1675 et la dureté de la répression associée semblent montrer une insensibilité totale aux malheurs des insurgés.
Des soucis d'argent vers 1680 et la maladie de son fils Charles vont l'amener à séjourner plus aux Rochers. Elle décèdera à Grignan près de sa fille en 1696.
Elle ne semble pas faire d'effort pour s'intégrer en Bretagne, ne voulant pas y être "dévorée" ; finalement, elle reste très parisienne. Elle ne trouve de plaisir aux Rochers que dans la nature et la végétation, et aime satisfaire sa gourmandise des produits du terroir.

Les vocations missionnaires au pays de Vitré dans la seconde moitié du XIXe siècle - Catherine Marin

Le pays de Vitré compte 64 communes, qui vont fournir entre 1815 et 1937 environ 400 missionnaires, dont 150 femmes. La grande vague missionnaire aura lieu entre 1870 et 1905 : tous ces hommes et femmes vont mener des vies héroïques, parfois aboutissant à des béatifications et canonisations ; aujourd'hui, l'essentiel des recherches sur ces personnes est assuré par des représentants des églises d'Asie, d'Afrique, d'Amérique...
La Bretagne est une terre de mission, et tels les saints bretons venus par la mer, "à la grâce de Dieu", aux VIe et VIIe siècle, les missionnaires vont partir au loin en bateau, prêchant et bâtissant. Après le concile de Trente, la Bretagne a connu les missions, comme celles de Michel Le Nobletz ou du père Maunoir, après lesquelles on créa des confréries (comme le Rosaire avec les Dominicains) pour se consacrer à des oeuvres de charité et soigner les malades en développant le militantisme des laïcs. Après 1815, 130 congrégations féminines furent fondées, pour réparer les dégâts de la révolution en portant la religion aux pays lointains. Il y eut des échanges avec les missionnaires protestants. On créa de nombreuses écoles dans les missions. Grégoire XVI fut (de 1836 à 1846) le pape des missions : il divisa le monde en 70 circonscriptions missionnaires. Les laïcs s'engagèrent à financer ; tel "le sou hebdomadaire" à Lyon en 1822. Les missionnaires faisaient des rapports, leurs récits étaient lus à la messe du dimanche dans leurs paroisses d'origine. Les visites des missionnaires au pays sont plus nombreuses avec le développement de la marine de commerce : les plaidoyers "venez nous rejoindre" sont très porteurs, et les candidats missionnaires affluent. Ils sont pour 80% d'origine paysanne et 20% d'origine urbaine (commerçants, ...). Ils assurent souvent un travail important de traduction des livres liturgiques et catéchismes.
Il a existé de nombreuses oeuvres de soutien, comme Les Orphelins de Chine, la Sainte Enfance, l'Oeuvre d'Orient (qui continue aujourd'hui à soutenir les Chrétiens d'Orient)...
L'Oeuvre Apostolique assure dès 1838 une production de ciboires, cierges, vêtements liturgiques...

Aujourd'hui, le travail missionnaire continue, avec peu de Français dans les ordres actuels.

Histoire des zouaves pontificaux - Jean Guénel

En 1860, Victor-Emmanuel II attaque les Etats Pontificaux pour mettre en oeuvre son projet de réunifier l'Italie. L'armée pontificale est détruite ; le bataillon franco-belge perd les 2/3 de son effectif. Le général La Moricière décide de créer les Zouaves pontificaux, un bataillon de 600 volontaires. Il importe le nom d'Algérie. Les volontaires sont originaires de France, surtout de l'Ouest (33% entre Bretagne et pays de Loire) ; très jeunes, entre 16 et 20 ans, il vont parfois rester jusqu'à 10 ans à Rome, avec pour motivation la défense de la catholicité, la croisade, voire le martyre pour la foi... motivations qui s'accompagnent aussi d'un refus des idées modernes ; le 9 janvier 1861 a lieu la prestation de serment des premiers zouaves, dirigés par le colonel de Becdelièvre. Le bataillon montre un esprit de corps extraordinaire.
En 1864 a lieu un accord entre Napoléon III et Victor-Emmanuel II : retraite de l'armée française de Rome si Victor-Emmanuel s'engage à ne pas envahir ce qui reste des Etats pontificaux.
En 1867, Garibaldi attaque au sud, avec sa volonté de "casser la baraque pontificale" ; le 4 novembre, au combat de Mentana, les chemises rouges sont mises en déroute par les zouaves pontificaux (mais 24 morts dans les rangs français).
C'est un répit de 3 ans pour le pape, mais en 1870 lors de la guerre franco-prussienne, Victor-Emmanuel se croit délivré de son engagement, et s'empare de plusieurs villes, fait le siège de Rome. C'est la reddition du pape le 10 septembre, et la fin des zouaves pontificaux, qui sont rapatriés en France.

Vitré, un modèle de pays - Loeiz Laurent

Vitré a été signataire de l'un des 7 premiers contrats de pays. Et en 2002, c'est la création de la communauté d'agglomération qui regroupe 60.000 habitants, dont 15.000 à Vitré.
Des projets utiles sont apparus dans le rapport Attali de janvier 2008. Mais le Français aime se gaver de mots, et a un penchant pour le despotisme éclairé. Les différents niveaux de décision actuels (région, départements, agglomérations, communes...) sont un empilement de structures mal dessinées, qui complexifient l'administration des pays. Le refus par l'Etat d'une décentralisation diversifiée conduit à divers dangers, comme le risque accru de clientélisme : on attend toujours une vraie décentralisation.
Il est important que la trame des agglomérations puisse remplacer désormais les départements (créés par Louis XVI).
Extrait des commentaires de Pierre Méhaignerie :
Le principe de subsidiarité doit s'appliquer.
L'établissement public foncier ne doit plus être au niveau régional, où il a un rôle de tutelle.

Mondialisation, réforme de la PAC, défis énergétiques : perspectives de l'agriculture vitréenne - Pierre Rainelli

Rappel historique : au XVe siècle, les grandes découvertes ; de 1870 à 1915 : la société industrielle ; années 60 : les nouvelles technologies. On a vu arriver la mondialisation, avec l'extension des échanges, la concurrence généralisée, la réduction des terres cultivables (de 0,5 ha par habitant en 1950 à 0,23 ha en 2001 en France).
Actuellement on assiste à une hausse du coût du fret. La révolution verte commence à reculer; les nappes phréatiques ont baissé de 50 m en Inde et en Chine. Les biocarburants prennent la place de cultures alimentaires.
Une réforme de la PAC en profondeur est probable, avec suppression des quotas laitiers et des subventions à la betterave sucrière.

Trente ans de valorisation du patrimoine vitréen - Stéphane Gautier

Si le XIXe siècle a vu construire la gare néo-gothique ouvrant Vitré aux visiteurs, depuis les années 60 on assiste à une revalorisation du patrimoine : la ville close, les quartiers du Rachapt et de Saint-Martin... Vitré est devenu une ville d'art et d'histoire, avec des engagements contractuels. La ville contient aujourd'hui 5 monuments historiques classés, mais aussi 60 monuments inscrits à l'inventaire supplémentaire.
L'enceinte de la ville a été réalisée sur le modèle défini par Philippe-Auguste. Il en reste actuellement une partie importante.
Les Rochers, à quelques kilomètres de Vitré, sont un lieu historique fréquenté, où Mme de Sévigné séjourna 16 fois.

cf. http://www.ot-vitre.fr/pays/merveilles.html

Le programme des animations des 1000 ans de Vitré